Lancer, gérer & développer votre restaurant

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Résumé de l’épisode
Riad Abou Lteif – architecte devenu chef, investisseur et opérateur (propriétaire d’OCRA ; associé directeur chez Grit Hospitality ; à l’origine de Tahini, Wise Guys et Moonshine à Beyrouth & Dubaï) – soutient que les grands restaurants naissent d’une philosophie (« cuisine de lieu » : la cuisine du terroir) et se construisent avec discipline : une R&D rigoureuse, un calcul des coûts honnête, une ingénierie des menus et un système d’exploitation reproductible. Il distingue le métier (les recettes, les rendements, le contrôle des pertes, une consistance à 90 %) du business (l’emplacement, la fréquentation, la stratégie par plage horaire, le risque, l’expansion fondée sur les données) et insiste sur le fait que la culture d’entreprise est le véritable avantage concurrentiel : une brigade claire, la responsabilisation et un management humain qui fidélise les talents. La technologie révèle les signaux d’alerte (pertes, écarts), mais c’est le jugement qui les résout. L’expansion suit la demande et les données (Wise Guys DIFC → Dubai Hills), non la vanité ou les tendances ; l’« unreasonable hospitality » crée des moments dont les clients se souviennent plus que des récompenses – les palmarès sont des outils marketing, souvent politisés, et ne doivent jamais supplanter le verdict du client. Conclusion : cuisinez à partir de ce qui vous entoure, mesurez ce qui compte, construisez des équipes et des systèmes transposables, et laissez la générosité et la discipline opérer.
Ce qu’on retient de l’épisode
D’architecte à chef-opérateur-investisseur
La reconversion de Riad n’était pas un caprice, mais une question d’identité. Il a fait ses classes en cuisine (Royaume-Uni/États-Unis), étudié sans relâche (livres, théorie) et acquis son expérience par la pratique. L’architecture est devenue une boîte à outils (pensée systémique, composition) qu’il applique désormais aux cuisines, aux menus et aux marques.
Comment il a appris le métier : la théorie, puis des milliers de répétitions
École culinaire ou non, l’ordre importe : apprendre la théorie (technique, histoire, terroir) → s’exercer jusqu’à la maîtrise → continuer à apprendre chaque jour. Les compétences se développent par la répétition, la réflexion et les boucles de retour.
La « cuisine de lieu » : une philosophie du terroir
Riad refuse d’être défini par un « label ». Il cuisine en contexte : les ingrédients, la culture et l’environnement dictent le menu. Le farm-to-table n’est pas un slogan ; c’est s’approvisionner honnêtement, laisser les bons produits parler d’eux-mêmes et nouer des relations avec les producteurs.
Chef vs entrepreneur : deux ensembles de compétences distincts
- Chef : discipline des recettes, rendements, contrôle des pertes, calcul des coûts, exécution cohérente (il vise une consistance « parfaitement imparfaite » d’environ 90 %, pas l’uniformité des chaînes).
- Entrepreneur : étude de marché, logique d’emplacement & de fréquentation, monétisation par plage horaire, risque, capital, positionnement, marque et marketing.
Le travail préparatoire : avant et après l’ouverture
- Avant l’ouverture : données démographiques du site, horaires et équipes, adéquation du concept, USP clairement définis, tarifs et logique tarifaire, structure de l’équipe, cohérence de la marque & de l’intérieur.
- Après l’ouverture : boucles de retour client, cadence marketing, ingénierie continue des menus, chiffres hebdomadaires (chiffre d’affaires, coût des marchandises vendues, charges de personnel, trésorerie).
R&D, retours et maîtrise de l’ego
La R&D est incontournable. Prototyper, tester, recueillir les retours (associés, clients) et ajuster. Mettre son ego de côté ; laisser le plat, les données et la réaction des clients décider.
L’ingénierie des menus en pratique
Chaque article reçoit son calcul : grammes, rendements, coût brut → prix à la marge cible. Quelques « chevaux de trait » plébiscités sont acceptables s’ils génèrent de la demande, mais ils doivent être équilibrés par des articles vedettes pour que le menu global soit rentable.
Pertes, rendements et systèmes : colmater les fuites
Connaître ses rendements (ex. : parage important + pertes à la cuisson élevées pour la poitrine de bœuf), suivre les pertes par rapport aux sous-produits utilisables, et utiliser des systèmes (POS/gestion des stocks) pour détecter les écarts tôt. Les rapports ne résolvent pas les problèmes – c’est le travail des chefs, avec des corrections de processus et de la formation.
La culture comme avantage concurrentiel : brigade + humanité
La structure vient de la brigade classique (rôles clairs ; chefs de partie ; sous-chef/chef de cuisine/chef exécutif). La fidélisation vient du caractère, de l’honnêteté, de la loyauté – et d’un management qui traite les gens comme des personnes (ex. : renvoyer d’urgence un pizzaiolo pour voir son père malade). La Cuisine est un monde intense ; la culture est ce qui maintient les standards élevés sans épuiser les équipes.
L’unreasonable hospitality
Les petits moments personnels renforcent la fidélité (une carte manuscrite pour célébrer l’étape importante d’un client ; préparer un plat hors menu pour tenir une promesse). La générosité sincère est mémorisée pendant des années.
Quand et où se développer
Se développer quand la demande dépasse les projections et que le modèle tient. Utiliser les données (démographie des plateformes, tendances par plage horaire) pour choisir des zones adaptées au concept. Wise Guys a fait ses preuves au DIFC avant de s’étendre au Dubai Hills Business Park – fidèle au caractère de la marque plutôt que de courir après la fréquentation des centres commerciaux pour elle-même.
Les récompenses & les « Best 50 » : utiles, mais pas le but
Les palmarès génèrent de la notoriété – mais ils sont imparfaits, parfois politisés, et ne doivent pas supplanter l’expérience du client. Construire pour les habitués qui reviennent deux fois par semaine, pas seulement pour un titre annuel.
La philosophie finale du chef : manger ce qui pousse près de chez soi
La grande saveur commence dans le sol : microbiomes, exploitations agricoles et saisons. Le chef est le messager des ingrédients. Lire les étiquettes, favoriser la proximité, simplifier et laisser la nature guider l’assiette.
Ce que les opérateurs peuvent retenir
- Ancrer votre concept dans une philosophie claire du terroir.
- Faire le travail préparatoire : R&D, calcul des coûts, rendements et chiffres hebdomadaires.
- Construire une brigade humaine et responsable, et former en continu.
- Utiliser la technologie pour détecter les problèmes rapidement ; les résoudre par les processus et les personnes.
- Ne se développer que lorsque la demande, les données et les systèmes l’indiquent.
- Privilégier le souvenir du client aux applaudissements du secteur.

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